Leur passage à Tout le monde en parle l’a confirmé: derrière les rires, il y a un malaise bien réel, qui se lit noir sur blanc dans les fils de commentaires Facebook.
Sur les réseaux sociaux, beaucoup de Québécois d’un certain âge
avouent ne tout simplement « pas comprendre » ce qu’ils viennent de
voir. « Jsuis seule à me demander où on s’en va ??? »,
écrit une internaute, résumant le vertige d’une génération face à
un duo masqué qui débarque à la télé publique en parlant un langage
inventé.
D’autres parlent de « n’importe quoi », de « crise d’émission plate » et se demandent « on s’en va où comme société? », comme si deux musiciens en costumes venaient soudain incarner toutes leurs inquiétudes culturelles.
Ce qui choque, ce n’est pas seulement la musique, souvent comparée
à de la « musique d’ascenseur de 2026 » ou à un « beat toujours le
même ». Ce sont les codes. Les grandes têtes en papier mâché, le
symbole mystérieux, l’anonymat revendiqué, tout cela est interprété
par certains comme une provocation, voire comme un signe
d’appartenance à quelque chose de louche. Un commentaire va jusqu’à
s’inquiéter du fameux triangle jugé « un brin limite provocateur »,
tandis qu’un autre associe le groupe aux « illuminés » et y
projette ses peurs les plus diffuses.
Pour plusieurs adultes, ce qui n’a pas de paroles claires, pas de
visage, pas d’explications simples, devient menaçant. « Ma tête
n’arrive pas à comprendre leur musique », confie une commentatrice,
avant d’ajouter qu’elle aime ça pareil, comme si elle se permettait
une permission coupable. D’autres, plus tranchés, parlent de «
débilité profonde », de « farce », de « groupe de cégep », comme
pour reprendre le contrôle en ridiculisant ce qui les déstabilise.
Quand quelque chose nous échappe, notre premier réflexe,
souvent, c’est de le diminuer pour ne pas avoir à
l’affronter.
Il y a aussi la peur de l’époque. Un internaute va jusqu’à relier
Angine de Poitrine aux enjeux de genre et à la santé mentale des
jeunes, voyant dans le duo le symbole d’un « nivellement vers le
bas profond ». Un autre déplore que « des talents extraordinaires »
n’aient pas la même visibilité, comme si chaque minute accordée à
ce projet étrange était une trahison envers une certaine idée de la
musique québécoise, celle de Rush, Pink Floyd ou des grands
classiques rassurants.
Pourtant, au milieu de cette tempête, plusieurs voix rappellent
que ce malaise n’est pas nouveau. On compare Angine de Poitrine à
Jean Leloup, à Robert Charlebois, à Kiss, à David Bowie, à ces
artistes qui, eux aussi, avaient scandalisé une partie du public
avant d’entrer dans le patrimoine. « Les arts, c’est fait pour
stimuler des émotions », écrit un internaute, invitant les adultes
choqués à se demander pourquoi ça les brasse autant. Peut-être
que ce qui fait peur, ce n’est pas Angine de Poitrine, mais l’idée
que le monde a changé sans qu’on s’en rende compte.
⚪️Angine de Poitrine⚫️
🔺️ Guy A Lepage 🔺️
🌭 Illuminati 🤫 pic.twitter.com/t4Ok785xQJ— R&B………………..🎙 (@RB42829878) March 9, 2026
Pendant que certains crient au « n’importe quoi », les salles se remplissent, les albums s’arrachent et le duo du Saguenay devient un phénomène qui dépasse nos frontières. Plusieurs adultes au Québec ont peur d’Angine de Poitrine, oui. Mais cette peur ressemble étrangement à celle qu’on ressent chaque fois qu’une nouvelle génération invente ses propres idoles, ses propres codes, sa propre façon de faire battre le cœur de la musique.
