La personne non-binaire réagit suite au salon de coiffure qui conteste son 500$

Alexe Frédéric Migneault, la personne non binaire au cœur du litige avec le salon de coiffure Station10, a brisé le silence face à la décision des propriétaires de contester en appel la condamnation de 500 $ prononcée par le Tribunal des droits de la personne.

Dans une réaction émotive relayée par les médias, iel exprime une profonde déception et une inquiétude palpable devant ce qui s’annonce comme une bataille juridique disproportionnée. « Ça va être toute une industrie, des entreprises, qui vont se ranger contre moi […] qui paie tout de ma poche et je ne vois pas comment je vais faire pour me défendre. […] Je ne veux plus jamais faire affaire avec un salon de coiffure. », a déclaré Migneault, soulignant le poids écrasant de cette opposition inattendue.

@ThomasGerbet

Ce sentiment d’isolement face à une mobilisation collective est au cœur de la réponse de Migneault. Après avoir remporté une victoire symbolique devant le Tribunal, qui avait reconnu une discrimination liée à l’absence d’option non genrée dans le formulaire de réservation en ligne de Station10, iel craignait déjà les répercussions d’un appel. Les copropriétaires du salon, soutenus par l’Association Coiffure Québec et une campagne de financement GoFundMe, ont choisi de porter la cause en appel pour des raisons de principe, estimant que la décision manque de « gros bon sens » malgré les efforts d’accommodement déjà fournis, comme l’ajout d’une option neutre et des coupes gratuites offertes. Pour Migneault, qui assume seule les frais légaux – déjà estimés à plusieurs milliers de dollars –, cette démarche transforme un simple recours en un combat inégal où une petite voix militante affronte un secteur entier.

@ThomasGerbet

Migneault, qui s’identifie comme non binaire et a porté une centaine de plaintes similaires au fil des ans, voit dans cette affaire un enjeu fondamental d’inclusion quotidienne. Être forcé de choisir entre « homme » ou « femme » pour une simple coupe de cheveux représente, pour iel, un obstacle discriminatoire qui oblige à un coming-out involontaire ou à l’invisibilisation. La réaction au jugement initial avait déjà divisé l’opinion publique au Québec, avec des débats vifs sur les réseaux sociaux et dans les médias, certains y voyant un précédent dangereux pour les PME et d’autres une avancée pour les droits des personnes LGBTQ+. Aujourd’hui, l’appel de Station10 amplifie cette polarisation, et Migneault se sent piégé dans un tourbillon où sa victoire se mue en fardeau financier et émotionnel.

Malgré l’appui politique reçu par le salon, comme celui du ministre Bernard Drainville qui dénonce une « épée de Damoclès » sur les entrepreneurs, Migneault persiste à affirmer que chacun mérite de se sentir inclus sans jugement, même pour un service banal. Iel ne comprend pas cette escalade, la qualifiant de gaspillage pour toutes les parties impliquées. « I don’t understand their decision whatsoever […] It feels like a waste for me. I have to keep fighting to ensure that this small decision is acknowledged and safeguarded. », a-t-iel confié à CBC, évoquant les défis d’être non binaire au Québec où l’inclusion reste fragile. Cette voix solitaire rappelle que derrière les principes invoqués par l’industrie, il y a des individus qui paient le prix d’un système judiciaire accessible aux uns, mais accablant pour d’autres.

Le litige, né d’un courriel en février 2023, continue ainsi de faire des vagues, opposant principes d’entreprise et droits individuels dans un Québec en pleine réflexion sur la discrimination genrée. Migneault, marqué par l’expérience, jure désormais d’éviter les salons de coiffure, transformant une plainte en une rupture définitive avec un service essentiel. Reste à voir si l’appel portera un coup fatal à cette décision pionnière ou renforcera le précédent pour les générations futures.

Mis à jour le 12 mars 2026 9:01 am