Le salon de coiffure va officiellement contester le 500$ exigé par la personne non-binaire

Le salon de coiffure Station10 a confirmé qu’il ira officiellement en appel pour contester la décision du Tribunal des droits de la personne qui l’oblige à verser 500 $ à une personne non binaire, estimant qu’il s’agit désormais d’une question de principe bien plus large qu’un simple dédommagement symbolique.

Au départ, les copropriétaires de Station10 envisageaient de payer la somme pour clore le dossier, après que le Tribunal eut conclu à une discrimination fondée sur l’identité de genre en raison d’un formulaire de réservation obligeant les clients à choisir entre une coupe « homme » ou « femme ». (via PetitPetitGamin)

Cependant, l’onde de choc provoquée par le jugement au Québec et à l’international a complètement changé la donne. Le copropriétaire Alexis Labrecque explique que les propriétaires ont reçu une avalanche de messages de clients, d’amis et de parfaits inconnus, tous venus leur exprimer leur appui et leur indignation face à la décision. Selon lui, cette mobilisation a été le déclic qui les a convaincus de se battre jusqu’au bout devant les tribunaux, afin de défendre ce qu’ils considèrent comme leurs valeurs et leur vision du service à la clientèle.

Le litige trouve son origine dans une plainte déposée par Alexe Fréféric Migneault, une personne non binaire qui s’est dite discriminée par l’absence d’option non genrée dans le système de prise de rendez-vous en ligne de Station10. Il fallait alors choisir entre « coupe homme » ou « coupe femme », une distinction jugée discriminatoire par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, puis par le Tribunal des droits de la personne, qui a finalement ordonné le versement de 500 $ à titre de compensation. Ironiquement, le salon avait depuis ajouté une option non genrée et offert plusieurs coupes gratuites à la personne plaignante, sans que cela suffise à mettre fin au recours judiciaire.

Au-delà de ce cas précis, la décision a eu des répercussions concrètes dans l’industrie. Plusieurs salons de coiffure auraient choisi d’éliminer complètement les catégories de genre de leurs services, par crainte de se retrouver eux aussi devant les tribunaux. Des juristes et observateurs ont d’ailleurs évoqué la possibilité que le jugement crée un précédent et ouvre la porte à d’autres plaintes du même type, ce qui inquiète une partie du milieu des petites entreprises de services personnels. C’est dans ce contexte que Station10 affirme vouloir « clarifier les règles pour tout le monde », en assumant le rôle de test juridique pour l’ensemble du secteur.

L’Association Coiffure Québec est rapidement venue se ranger derrière Station10, estimant que l’enjeu dépasse largement un seul salon et touche tout l’écosystème de la coiffure au Québec. Son président, Stéphane Roy, souligne que de nombreux coiffeurs et propriétaires se sont reconnus dans cette affaire, y voyant un risque d’insécurité juridique permanent autour de simples formulaires de réservation. Les coûts liés à la procédure d’appel pourraient atteindre environ 10 000 $, ce qui a conduit au lancement d’une campagne de financement en ligne pour soutenir Station10 dans sa démarche, via une collecte de fonds sur GoFundMe.

@BDrainvilleQc

Dans une déclaration tranchée, André Dagenais, copropriétaire de Station10, a résumé l’état d’esprit de l’entreprise : parfois, il faut simplement savoir dire « assez ». À ses yeux, ce n’est plus une histoire de 500 $, mais une bataille de principe pour un secteur entier, qui refuse de laisser s’installer une confusion juridique autour de la façon d’offrir un service aussi banal qu’une coupe de cheveux. En appelant la population à contribuer à leur campagne de financement, il invite ceux qui partagent ce ras-le-bol à transformer leur indignation en soutien concret à ce qu’il décrit comme un « délire juridique » imposé à une petite entreprise de quartier.

Mis à jour le 11 mars 2026 12:31 pm