Une infirmière peut travailler à temps plein, faire tout « comme il faut » et, malgré tout, ne pas gagner assez pour se payer une hypothèque. Derrière les chiffres, il y a des personnes comme Kate, qui réalisent que leur paiement hypothécaire mensuel dépasserait pratiquement un de leurs salaires nets.
Dans sa courte vidéo, Kate raconte qu’elle a un excellent
dossier de crédit, aucun compte à payer, un emploi stable comme
infirmière à temps plein, mais qu’on lui propose quand même un taux
hypothécaire autour de 6,5% et des paiements qui dépasseraient une
de ses paies. Cette situation résonne avec beaucoup de travailleurs
et travailleuses de la santé ici, au Québec, qui voient les prix
des maisons grimper beaucoup plus vite que leurs salaires. Quand
une profession aussi exigeante et essentielle n’ouvre plus
automatiquement la porte à la propriété, c’est tout un modèle qui
commence à craquer.
Kate
Au Québec, une infirmière dans le réseau public gagne
habituellement entre environ 27 $ et 41 $ de l’heure selon son
échelon, ce qui donne un salaire annuel qui tourne autour de 55 000
$ à un peu plus de 80 000 $ pour une infirmière technicienne au
sommet de l’échelle. Pour une infirmière clinicienne, formée à
l’université, le salaire horaire peut monter jusqu’à près de 48 $
de l’heure, soit dans les environs de 90 000 $ par année au plus
haut échelon, sans compter les primes de soir, de nuit et de fin de
semaine. Sur papier, ces montants peuvent sembler confortables;
dans la réalité, ils se heurtent de plein fouet au coût explosif du
logement.
En 2025, le prix moyen d’une maison au Québec tourne autour de 485
000 $, avec des régions comme Montréal qui dépassent plutôt les 500
000 $. Pour une infirmière seule qui gagne, par exemple, entre 65
000 $ et 80 000 $ par année, l’apport initial à accumuler, les
tests de « stress » hypothécaires et les paiements mensuels
deviennent rapidement étouffants. Même si certains meilleurs taux
fixes ou variables se situent désormais entre environ 3,5% et 4%,
les conditions globales et la capacité d’emprunt restent pensées
pour des ménages à deux revenus, pas pour une personne seule qui
travaille dans le réseau de la santé.
Kate
Ce qui choque le plus dans le témoignage de Kate, c’est qu’elle incarne exactement la personne que le système prétend récompenser: bonne cote de crédit, aucun endettement, emploi stable, horaire à temps plein. Pourtant, une seule mensualité hypothécaire « typique » risque de dépasser une paie, ce qui laisse très peu de marge pour les taxes municipales, l’assurance habitation, la nourriture, l’essence, les services, et les imprévus. Comme plusieurs infirmières et infirmiers québécois, elle se retrouve coincée entre deux réalités: un salaire qui semble théoriquement correct, et un marché immobilier qui, lui, joue dans une autre ligue.
Le cas de cette infirmière n’est pas une anecdote isolée, mais
le symptôme d’un déséquilibre plus large dans la société
québécoise. Lorsque même les postes essentiels et qualifiés peinent
à offrir l’accès à la propriété, de plus en plus de jeunes
professionnels repoussent le projet d’acheter ou doivent s’éloigner
des grands centres pour trouver quelque chose de raisonnable. Comme
le résume très bien une phrase qu’on entend de plus en plus souvent
dans les corridors des hôpitaux et sur les réseaux sociaux: «
Je donne tout à mon travail, mais je n’arrive même plus à me payer
un toit à moi. »
“I’m a registered nurse with zero debt and an 808 credit score… and I STILL can’t afford a mortgage.” pic.twitter.com/Wev9GVgBjX
— illuminatibot (@iluminatibot) January 5, 2026
